Agé, l'air fatigué, habillé sans recherche, engoncé dans sa chaise... mais très en verve, tel apparaît Jerome Charyn. L'homme, né dans le Bronx il y a 74 ans de parents russes et polonais, est devenu l'un des plus grands écrivains américains de sa génération grâce au langage. Il insiste beaucoup sur ce point, c'est l'apprentissage de cette langue que ne parlaient pas ses parents qui a été sa façon de s'élever. Mais il n'a jamais voulu vivre de sa plume, il a donc enseigné.

Charyn

Charyn parle de sa jeunesse, de New York, cette ville dans laquelle "la vraie vie n'est pas derrière la porte, elle est dans la rue", ville qui est à la fois "le professeur et le bourreau", celle qui permet à un enfant des quartiers pauvres d'aller dans de bonnes écoles (il est allé à l'université de Columbia) alors qu'il grandit dans la pauvreté et la violence : c'est ça qu'il a voulu rendre dans ses livres, c'est cette musicalité de la rue - sur laquelle il insiste longuement - qui l'inspire.

A la question "quelle différence voyez-vous entre le New York des années 50 et le New York actuel", il répond : "aucune. Il y a toujours des bandits, sauf qu'avant c'étaient les flics, aujourd'hui ce sont les banquiers". Charyn est volontiers caustique, incisif, il est heureux de parler et de donner son avis. Il parle du 11 septembre, cette blessure dont New York ne se remet pas, d'Obama, qu'il admire. Il est finalement difficile de le faire parler de ses livres tant il a envie de distribuer des petites phrases moqueuses sur la politique...française comme américaine, d'ailleurs ! De toutes façons comme il le souligne, l'important n'est pas l'histoire, mais le style. Si le lecteur sent la musique des mots, c'est que Charyn a réussi ; si non, qu'il lise un autre livre ! Ce qui le conduit à constater que les traductions, même très bonnes,  ne peuvent rendre au mieux que 30% de la musicalité d'un style. Dommage, je ne suis pas assez douée pour lire Charyn en anglais - et j'avoue avoir calé sur un de ses romans en français.

La rencontre se finit là, un peu frustrante tant j'aurais aimé en savoir plus sur l'écrivain et ses livres (à voir d'ailleurs, dans Lire de ce mois-ci, la double page qui lui est consacrée). Charyn me laissera l'impression d'un homme pas vraiment modeste, d'un abord pas très facile, mais ravi d'être le centre de l'attention ; un homme très ancré dans son époque qui est un excellent ambassadeur de sa ville et de son pays. 

Je suis repartie avec ce livre magnifique que je conseille, tant les aquarelles sont belles :

New_York

Une rencontre intéressante mais trop courte à mon goût !